mardi 28 juillet 2015

Sauver ou Servir (7) : le lion et le chien

Tel maître, tel chien
Quelqu'un me rappelait récemment ce verset biblique : « Un chien vivant vaut mieux qu’un lion mort » (Ecclésiaste 9,4). En méditant ce verset, j'en suis venu à me demander comment nous pouvions devenir un chien ou un lion.

Parfois, la théologie contemporaine nous exhorte à être Christ face à nos semblables, plutôt qu'à suivre Christ. C'est-à-dire que nous sommes exhortés à vivre selon des principes ou des valeurs que Jésus-Christ aurait incarnés (par exemple un vie d'amour inconditionnel, …). Or non seulement, on sélectionne souvent un peu ce qui nous arrangent dans les paroles et la vie de Jésus, mais en outre c'est souvent pour en tirer des notions assez vagues où tout le monde projette ce qu'il veut dessus.

Bref, nous sommes appelés à devenir nous-mêmes le Christ, « le lion de la tribu de Juda» (Ap 5,5).

Dit autrement, on en vient à nier la messianité de Jésus ; c'est-à-dire qu'on en vient à nier que Jésus est Sauveur. Jésus n'a rien d'extraordinaire, tout au plus un sage, qui nous montre la bonne direction. On évacue alors un point fondamental : Jésus est celui qui baptise d'Esprit Saint (Mt 3,11), Celui qui, par sa mort et sa résurrection a inauguré le Royaume de Dieu sur terre. Il est le Fils que Dieu a envoyé pour que celui qui croit en lui passe de la mort à la vie (Jean 3,16 et 5,24). Le mot « croire » ici étant à prendre au sens fort : celui d'être greffé sur Jésus tel un sarment sur le cep (Jn 15, 1-8), d'être dans une relation intime et vivante avec lui comme un berger et ses brebis (Jn 10, 11-18). C'est en apprenant à suivre Jésus avec confiance, à nous « coller » à Lui (dixit le Commissaire Cachelin), à le suivre à la trace qu'il nous remplit de Sa vie et nous transforme.

Pour utiliser une image plus contemporaine, et au risque de choquer les lecteurs, nous sommes appelés à être les chiens de Jésus (mais rappelons-nous qu'être un mouton n'est guère plus glorieux). On a remarqué, qu'à force d'être domestiqué, à force de vivre avec l'homme, les chiens avaient tendance à s'approprier le caractère de leur maître et à leur ressembler bien malgré eux. Il sera fidèle à son maître, et le suivra, le "collera" si bien que son maître déteindra sur lui. Quand le maître est content, son chien est content. Quand le maître est triste, son chien devient triste. Il vit en complète dépendance avec son maître, si bien qu'il est heureux partout tant qu'il suit son maître, quand bien même ce dernier dormirait sous les ponts. Et quand le maître vient à mourir, souvent son chien se laisse mourir. Il se couche avec lui et se relève avec lui.

Or, c'est un peu ce qui nous arrive quand on se "colle" à Jésus (à son enseignement, sa vie, sa mort et sa résurrection) : on développe son caractère. Non pas par nos propres efforts, surtout pas ! Non, c'est en apprenant humblement à le suivre à la trace et que nous recevons (bien malgré nous) sa vie en plénitude et nous sommes transformés à son image si bien que ce n'est plus moi qui vit, mais Christ qui vit en moi (Ga 2,20).

Bref, en apprenant à être le chien de Jésus, nous devenons un chien rempli de Sa vie, un chien véritablement vivant. Car, à force de vouloir être nous-même le lion de Juda, nous ne sommes plus rempli de Sa vie, nous ne devenons qu'une pâle contrefaçon du Christ rempli de notre mort.

Alors oui, un chien vivant vaut mieux qu’un lion mort et il faut mieux veut être un chien vivant de Jésus que prétendre être nous-mêmes le lion de Juda, mais mort. Et servir le Christ n'est pas tant vouloir vivre des valeurs qu'il aurait incarné, qu'apprendre à être son chien pour que l'Esprit Saint nous transforme à son image. Un peu comme le chant de Gowans et Larsson :

Te ressembler Jésus, c'est mon espoir suprême
Penser, agir, aimer, toujours plus comme toi
Te ressembler Jésus, c'est mon espoir suprême
Par ton Esprit, rends-moi semblable à toi

La série « Sauver ou Servir » s'arrête ici, et nous commencerons une nouvelle série sur la place du social dans l'Armée. Mais vous êtes invités à réagir...

mardi 21 juillet 2015

Sauver ou Servir (6) : l'urgence de l'appel

Dans le dernier épisode, nous avons vu que servir le Christ ne devait pas être une initiative de notre part, mais qu'il n'était qu'une réponse à l'appel du Maître.

Aujourd'hui, j'aimerais mettre en lumière qu'il ne s'agit pas de n'importe quel appel. C'est un appel urgent et pressant que nous envoie le Christ. Une urgence qui va déterminer le type de réponse qui est attendue.

La réponse que Pierre et André donnent à l'appel de Jésus doit nous servir de modèle pour notre propre réponse : Aussitôt ils laissèrent leurs filets et le suivirent (Mc 1,18). Décortiquons cette réponse :

1) Aussitôt : Face à l'appel du Christ, nous sommes parfois tentés de répondre en gérant et organisant notre réponse. Par exemple, on a parfois l'impression que, pour certaines personnes, devenir officier relève plus de l'organisation des prochaines années que d'une réponse à un appel pressant.

Mais, la réponse est attendue maintenant ! Plus de demi-mesure, plus de faux-semblant, plus de terrain neutre ! Jésus a la fâcheuse tendance à nous mettre au pied du mur et son appel attend un « oui » (qui soit « oui ») ou un « non » (qui soit « non ») - Mt 5,37.

2)  ils laissèrent leurs filets : l'appel de Jésus est un appel à le suivre et à laisser les morts enterrer leurs morts (Mt 8,22). C'est un appel urgent qui demande une réponse radicale. Pour répondre, il ne s'agit pas de gérer au mieux notre mort, mais de tout quitter pour n'avoir plus comme but que d'être à son service. C'est une réponse qui coûte énormément car la condition de disciple est une formation continuelle à la dépossession (S. Hauerwas). Il s'agit donc tout d'abord de ne pas nous laisser aveugler par notre peur profonde de la dépossession (surtout dans nos pays occidentaux). C'est abandonner notre prétention à « gérer » nos vies, et même à y donner un « sens ». Répondre à l'appel urgent du Christ, c'est apprendre à entrer dans une incertitude totale et – à son image – à remettre nos vies entre les mains de Dieu et entre les mains des autres.

Dit autrement, il n'est pas question ici de bâtir une route pour le suivre, mais de se jeter (corps et âme) dans cet appel sans regarder en arrière. Car celui qui commence à labourer et qui regarde en arrière, celui-là n'est pas capable de travailler pour le Royaume de Dieu (Lc 9,62)

3) et ils le suivirent : on répond à son appel en le suivant sur le chemin difficile de la croix. Jésus nous a montré à Gethsémané, que répondre à la vocation que Dieu nous adresse est un combat spirituel. Et l'urgence de son appel nous rappelle quotidiennement ce combat. Car quiconque voudra sauver sa vie la perdra, mais quiconque perdra sa vie à cause de moi et de la bonne nouvelle la sauvera (Mc 8,35). L'urgence de l'appel qui résonne continuellement dans notre vie nous rappelle qu'il faut rester vigilant, veiller et prier (Mt 26,41). La vie de service est une vie de persévérance où l'on apprend à ne pas s'endormir dans le monde en nous remémorant l'urgence de l'appel que Christ nous lance.

Or, c'est justement le rôle de l'Esprit Saint de garder vivant et vibrant en nous l'appel urgent du Christ de façon à ce que nous restions vigilants dans le combat et que nos vies soient continuellement façonnées par la réponse radicale que nous sommes invités à donner... et à vivre. Le Commissaire Cachelin disait : Rien de ce qui est spirituel ne se maintient de lui-même. Tout doit être renouvelé par le Saint-Esprit. Sinon, on tiédit, on perd ses convictions, on devient esclave du monde et le témoignage est détruit.

Oui, l'appel de notre Maître est urgent, car il n'attend pas n'importe quelle réponse. C'est ce que disait notre Fondateur, William Booth quand il déclarait :
Vous ne pouvez pas reporter à plus tard [votre réponse]. Vous vous êtes trop longtemps fait plaisir dans la vie chrétienne. Vous avez eu de bonnes sensations, de beaux chants, des réunions agréables, de belles perspectives. Il y a eu beaucoup de bonheur, beaucoup d'applaudissements et de chants de louanges. Beaucoup de choses du ciel sur la terre.

Descendre parmi les foules qui périssent est votre devoir. Votre bonheur dès maintenant sera de partager leur misère, votre détente sera de partager leur douleur, votre couronne sera de les aider à porter leur croix et votre paradis sera d’aller les sauver des crocs de l’enfer.

Maintenant, qu’allez-vous faire ?
Alors non, « Sauvé pour Servir » n'a rien à voir avec une banale déclaration d'altruisme, c'est un acte de foi. Et à quelqu'un qui me demanderait ce qu'il y a à gagner à répondre à son appel urgent, je répondrais que l'urgence de son appel nous enseigne justement qu'il n'y a rien à gagner, mais tout à perdre !

La suite au prochain épisode, mais n'hésitez pas à réagir...

lundi 6 juillet 2015

Sauver ou Servir (5) : Ambassadeur ou Serviteur

Jésus appelant Pierre à le suivre
Je n'ai pas été en mesure de produire des articles ces dernières semaines. En effet, je fais face à quelques ennuis au sein de ma famille qui ont accaparé toute mon attention. Je voudrais remercier tous ceux qui m'ont encouragé par leur message pour ce blog. Cela me touche beaucoup et me pousse à continuer les réflexions sur l'esprit salutiste.

Nous avons vu lors du dernier article que si nous étions « Sauvés pour Servir », c'est pour servir le Christ, avant toute chose. J'aimerais que nous nous posions la question de la nature exacte de ce service. Que signifie « servir le Christ » ?

Je suis frappé en entendant de nombreux salutistes me parler de leur engagement, de l'absence de la notion d'appel (ou de vocation). Chez les jeunes générations, il y a même un quasi-rejet de l'appel, considéré comme une entrave à la volonté de gérer sa vie au service du Seigneur comme on l'entend ! Soit on devient soldat dans la simple continuité de notre engagement au poste ou par simple "désir" de devenir salutiste. Soit on ne prend pas l'engagement de soldat, considérant qu'on n'a pas besoin de devenir soldat pour être engagé au poste.

Et même les soldats se préparant au ministère d'officier font état d'un projet bien ficelé pour arriver jusqu'à leur consécration afin d'optimiser leur parcours (étude, expérience professionnelle, lieu de formation, …). On a souvent plus affaire à de la "gestion de carrière" qu'à une réponse à un appel (ou à la mise à disposition de sa vie entière pour la mission de l'Armée) – et la notion de consécration s'en retrouve très affaiblie (voire inexistante).

La disparition de cette notion d'appel pose un problème de fond : en effet, elle témoigne d'une volonté profonde de l'être humain à vouloir gérer lui-même sa vie, indépendamment de Dieu, ce qui relève du péché. Car même si l'on gère sa vie « pour le service et la gloire de Dieu », il n'en reste pas moins que c'est notre volonté que l'on recherche plutôt que celle de Dieu (la volonté de Dieu n' étant ici que la nôtre déguisée). D'ailleurs un serviteur qui commence par vouloir gérer lui-même sa vie commence très mal son service. Oui, « servir » est avant tout une réponse à un appel du Christ à Le servir. Tout le reste n'est que du vent ! Tout autre fondement du service est une erreur spirituelle profonde.

L'appel est trop souvent perçu comme un événement dans notre passé. Mais c'est une erreur à mon avis. Bien sûr, nous pouvons avoir ce(s) moment(s) où nous prenons conscience de l'appel du Maître à Le servir. Mais cet appel ne vient pas du passé, il est devant nous. Jésus nous précède déjà, il a déjà ouvert la route, déjà préparé le chemin. L'appel vient toujours de devant nous (Mc 16,7). Ce n'est jamais dans notre passé que nous rencontrons vivant Celui qui nous appelle. Comme nous le rappelle les Ordres et Règlements pour Soldats : En dépit des dangers et des épreuves, le soldat garde l'assurance qu'il s'achemine vers la gloire.(O&R pour Soldats, Ch. 12, sect. 7, Art. 1)

Au fond, comme disait Bernanos, il y a deux positions :
- celui de l'ambassadeur de Dieu : Celui qui va se battre pour l'honneur de Dieu (ou pire encore, pour l'honneur de son Église). Alors celui-ci ressemble à Pierre expliquant à Jésus qu'il va se battre « jusqu'au bout » pour Lui… et qui va finir par le renier 3 fois avant que le coq ne chante.
- celui du serviteur du Christ, qui ne fait que répondre à l'appel du Maître à Le suivre (bien maladroitement) sur ce chemin qu'Il a lui-même préparé.

Et la différence est de taille, car quand survient le combat, toute notre « bonne volonté » à défendre l'honneur de Dieu ne vaut souvent plus grand-chose. Quand le combat fait rage et quand même notre foi vacille, il ne nous reste plus rien… plus rien que cet appel du Maître auquel nous accrocher. Cet appel est l'ancre à laquelle nous revenons sans cesse.

Alors, avant d'aller « servir le Christ » comme bon nous semble, rappelons-nous que « l'esclave n'est pas plus grand que son maître » (Jn 15,20) et sachons garder les yeux fixés sur Celui qui nous appelle… c'est là que nous Le rencontrerons et que nous apprendrons à Le servir.

La suite au prochain épisode... mais n'hésitez pas à régir.