dimanche 10 mai 2015

Sauver ou Servir (4)

Si vous faîtes un sondage rapide parmi les salutistes pour savoir quel slogan ils préfèrent entre « Sauvé pour Servir » ou « Sauvé pour Sauver », le premier aura très souvent la préférence (pour diverses raisons).

Avant donc de nous pencher sur ce slogan, devenu officiel, attaché aux 2 « S », j'aimerais commencer par une remarque. Le but de ma série d'articles n'est absolument pas d'opposer « servir » et « sauver ». Il est évident que la consécration était un des piliers du salutisme. Toutefois, si cet ancien slogan "sauvé pour sauver" (cher au Fondateur) revient à la mode, c'est que certains ne se reconnaissent plus dans le slogan "sauvé pour servir"... ou trouvent qu'il a été détourné dans sa signification profonde. Le but de ces articles est d'essayer d'aller plus loin que ces slogans (qui ne sont que des slogans). "Sauvé pour Servir" ou "Sauvé pour Sauver" ? Peu importe ! Ce qui est important est la nature de la consécration qui est derrière…

Venons-en donc au slogan officiel « Sauvé pour Servir ». Certains pensent que ce slogan est moins ambiguë que le « Sauvé pour Sauver ». Mais j'aimerais montrer que ce slogan porte également ses propres ambiguïtés.

Première ambiguïté (et c'est une ambiguïté importante) : Servir… mais servir qui ? Et là, les choses ne sont pas très claires : servir Dieu, l'Armée, son prochain, les défavorisés, les exclus, … ?

Certains me répondraient que c'est tout ça à la fois, mais c'est trop facile et l'engagement de Soldat est trop important pour garder une si grande confusion. Jésus nous avertit que l'on ne peut pas servir deux maîtres (Mt 6,24) et si nous n'avons pas de bases solides, on en viendra, consciemment ou non, à servir le monde plutôt que Dieu.

En cas de confusion, laissons le texte biblique remettre un peu d'ordre. Le texte de l'Exode (texte fondamental pour l'identité du peuple de Dieu) est un texte que le théologien G. Auzou résumait ainsi : « de la servitude au service ». C'est-à-dire que ce texte raconte la libération d'un peuple réduit en esclavage en Egypte pour entrer au service de Dieu, tant dans sa vie cultuelle et dans sa pratique sociale.

Ainsi donc, notre libération n'a de sens qu'en ce qu'elle conduit à devenir le Peuple de Dieu, c'est-à-dire un peuple, choisi et mis à part par Dieu pour être Son Peuple, un peuple dont l'identité et l'organisation est centrée sur le culte rendu à Dieu.

Donc, nous sommes « Sauvés pour Servir » Dieu… ou plus précisément pour nous, Peuple de la Nouvelle Alliance sellée dans le sang de l'Agneau, "Sauvés pour Servir Christ". Et bien que le service du Christ implique la notion de fraternité et de respect des plus faibles (ce que nous décortiquerons dans un prochain article), le service est avant tout celui que l'on doit à Dieu.

L'on pourrait croire que je joue sur les mots, mais il n'en est rien. En effet le récit biblique nous rappelle que Dieu est un Dieu jaloux et que nous ne pouvons pas servir Dieu et le monde. Il demande un choix. Le monde n'est pas neutre et choisir de servir Christ n'est pas, comme on voudrait nous le faire croire, un choix parmi tant d'autres possibilités, mais c'est choisir le point de vue de Dieu et de ne plus suivre celui des hommes (Mc 8,33). Dit autrement le choix n'est pas entre servir ou non, mais plutôt de savoir « qui » l'on sert... et choisir de servir le Christ marque une rupture dans le coeur humain.

Dans le récit de l'Exode, lorsque Moïse demande au Pharaon de laisser partir son Peuple pour qu'il aille servir Dieu dans le désert, le Pharaon répond : « Pourquoi poussez-vous les Israélites à négliger leur ouvrage ? Retournez à votre travail. » (Ex 5,4). Car, aux yeux du monde, le service pour Dieu est profondément inutile, une folie et un scandale ! Choisir de servir Dieu est accepter d'entrer dans ce qui semble folie et scandale.

Ainsi, « Sauvé pour Servir » n'est pas une belle déclaration de bénévolat envers son prochain mais un véritable et radical changement de route. Je ne servirai plus le monde et ses illusions mais, comme le dit ce chant :
Je n'ai plus qu'un seul Maître
Je ne m'appartiens plus
Car il m'a fait renaître
Mon Maître, c'est Jésus
(En Jésus-Christ l'amour est immense, Chant Unisson n°196)