Je préviens mon lecteur que cet article sera moins diplomatique que les deux précédents : âmes sensibles, s'abstenir ! Ce que je dénonce dans cet article, c'est une caricature de l'Armée du Salut. Comme toute caricature, elle n'est pas la réalité, mais elle dénonce certaines tendances.
Dans les deux premiers volets, nous avons parlé du message que porte l'uniforme, ainsi que le ton sur lequel il le porte. Nous allons voir maintenant la circonstance de l'uniforme : Où porte-t-on l'uniforme ?
Cela me rappelle un dimanche matin où j'ai vu arriver un soldat en civil portant sur l'épaule une house de costume. Ce soldat se dirige vers les toilettes du poste où il se change et se met en plein uniforme impeccable. Cette anecdote est symptomatique d'un fait : l'uniforme se porte beaucoup plus en interne (salle de culte, bureaux, événements spéciaux, réunions, …) qu'en externe.
William Booth aurait d'ailleurs sûrement dit que le dernier endroit où l'on doit porter l'uniforme est dans le poste, mais qu'il doit surtout être montré à l'extérieur (même si dans les réunions de salut, il était important pour les gens de l'extérieur de reconnaître ceux qui avaient été vus dans la rue auparavant). Quoi qu'il en soit, l'uniforme était fait pour être repéré par les gens de l'extérieur.
Or, les débats actuels autour de l'uniforme occultent un problème majeur : nous avons de moins en moins d'occasions de le porter. Dit autrement, c'est un peu stérile de prêcher l'uniforme à corps et à cri, si c'est pour le mettre simplement le dimanche matin (et encore, dans la salle de culte).
Je suis souvent frappé quand je parle avec des personnes d'autres églises de noter une évolution : Alors que les « vieux » protestants connaissent bien l'Armée du Salut, les protestants en dessous de 60/70 ans la connaissent très peu ; et les personnes en dessous de 30 ans plus du tout. Et combien d'entre nous avons entendu aux marmites : Tiens, ça existe encore l'Armée du Salut ?
Mais, comment pourraient-ils encore nous connaître (autrement que comme une sympathique ONG)? Nous ne sommes plus sur notre terrain : la rue ! Car le terrain du soldat n'est pas les locaux du poste pour s'y divertir, mais la rue pour s'y montrer et y témoigner. En outre, l'uniforme rappelait à celui qui le portait sur le champ de bataille qu'il était en mission, qu'il était porteur d'un message, qu'il ne s'appartenait plus, ni à lui, ni au monde (même s'il vivait et luttait dans le monde, pour le salut du monde).
William Booth avait pour habitude de dire que l'Armée était née dans le plein air et Railton de proclamer : « Notre cathédrale, c'est le plein-air ». Or, nous avons déserté le berceau de l'Armée du Salut : le champ de bataille.
Car tout dans l'Armée doit être centrée sur la mission (le soldat, le poste, l'officier, ...). C'est une "communauté en mission" (titre d'un livre du Commissaire Needham). Toute activité de l'Armée doit être tendue vers l'extérieur, vers la 100e brebis perdue sans berger. Ce qui devrait être le ciment de la communauté salutiste, c'est ce combat vers l'extérieur (et non une pseudo camaraderie autour d'activités et de café, camaraderie qui disparaît bien vite quand survient l'adversaire et le combat spirituel). Le champ de bataille est (ou devrait être) le fondement et le centre de la vie du soldat et du poste.
Or, le poste est devenu un club d'activités, le soldat un consommateur (avec un uniforme) et l'officier un animateur socio-culturel. Et plus on s'enfonce dans ce modèle, plus on perd la notion de champ de bataille, plus on déforme les soldats (y compris les officiers). Et « nos gens » trouvent de plus en plus normal - et parfois exigent - que tout le poste tourne autour d'eux et de leur divertissement (social ou spirituel).
En outre, en dehors de nos postes, l'uniforme est moins visible :
- on se déplace plus souvent en voiture qu'en transports en commun
- on est de moins en moins en uniforme dans les transports en commun ou dans la rue.
- les activités où l'uniforme était « utile » (méthodes d'évangélisation) ont été supprimées sans être remplacées par d'autres.
Paradoxalement, là où l'on porte le plus l'uniforme en dehors de nos postes, c'est dans les événements œcuméniques…. Cela en dit long sur le rôle de l'uniforme aujourd'hui. Si le but, c'est simplement de dire qu'on fait partie de l'Armée du salut, alors supprimons l'uniforme de bureau, cher et pas très pratique, il n'a aucune utilité ! Un simple polo suffit. Et puis, si je poussais le bouchon un peu plus loin, je dirais même que quand nous sommes dans nos locaux, bureaux, voitures, ... porter un uniforme ou un polo pour dire que nous faisons partie de l'Armée n'a pas vraiment d'utilité puisqu'on est dans nos murs et que les gens comprennent bien que nous faisons partie de l'Armée du Salut.
Alors avant de nous interroger sur la coupe et la couleur de l'uniforme de demain, posons-nous cette question : où et quand allons-nous le porter ?
La suite au prochain épisode…. Mais n'hésitez pas à réagir.




