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| Karl Marx et William Booth |
Lorsque les chrétiens veulent se mettre à l'action, ils ont tendance à être obnubilés par des questions secondaires. En effet, souvent la seule question que les chrétiens se posent face à une tragédie est : « que faire ? », ou pire « comment réagir efficacement ? ».
Pourtant, la question fondamentale devrait-être : « Que signifie ce que nous vivons » ; c'est-à-dire que nous devrions tout d'abord être au clair sur l'interprétation à donner aux événements. Or, c'est justement le but de la parole prophétique que de nous conduire dans cette question. En effet, le prophète n'est pas là pour prédire le futur, mais pour interpréter le présent : le prophète nous dévoile ce qui se joue réellement dans les événements. Ce n'est pas une analyse économique, sociale ou politique de la situation, mais c'est le dévoilement de ce qui échappe à l'analyse humaine (en ce sens, la parole prophétique est a-rationnelle).
Or, face au spectacle de l'immense misère de l'est londonien du XVIIIe siècle, deux prophètes se sont levés : William Booth et Karl Marx. Ils ont tous deux eu une parole « prophétique », au sens où ils ont commencé par interpréter les événements auxquels ils assistaient.
Pour faire extrêmement simple, l'interprétation de Karl Marx était que cette misère était due à la domination socio-économique d'une classe (bourgeoise) sur une autre (prolétarienne). Mais en même temps, Karl Marx développe l'idée que l'histoire est traversée par une force qui va créer un monde nouveau qui mettra fin à cette domination (et qui passera nécessairement par un changement révolutionnaire). Cette force dépasse l'action humaine : il n'y a rien à faire d'efficace maintenant, sauf à préparer l'avenir qui se met en place.
William Booth développe quant à lui, une interprétation plus spirituelle : la misère n'est que le résultat du péché qui maintient le monde en esclavage et la population misérable de l'est londonien (qui vit en quelque sorte les prémisses de l'enfer) est la victime collatérale de cette domination. Contrairement à Karl Marx, William Booth ne croit pas au processus de l'histoire mais en Dieu qui agit dans l'histoire et qui a déjà acquis la victoire contre cette domination dans la mort et la résurrection du Christ.
Ainsi, nous aurions tort de considérer que William Booth prêchait une forme de christianisme social qui exhorterait simplement à aider les nécessiteux. Non, il parle de fondamentalement de « délivrance », d'une révolution spirituelle, seule capable de changer réellement les choses. Les chrétiens ont à proclamer (et à vivre) une délivrance des pouvoirs de ce monde qui veulent régner sur nos vies (à commencer par Mammon – le pouvoir de la richesse).
Mais ne prenez pas William Booth pour un vendeur de rêves. Au contraire, il était peut-être encore plus matérialiste que Marx car il appelait les salutistes à vivre concrètement – dans leur quotidien - les temps nouveaux qu'a ouverts Jésus à la croix et à en payer le prix (l'incompréhension, le rejet, et même parfois la violence).
William Booth appelle donc à vivre de manière « agressive », c'est-à-dire en confrontation avec ces puissances qui veulent diriger le monde en rébellion face à Dieu (comme si Dieu n'existait pas) en proclamant (et incarnant) que leur rébellion et leur pouvoir ont été anéantis par l’œuvre de Jésus-Christ à la croix.
Bien évidemment, les chrétiens ont le devoir de faire œuvre de charité afin de consoler tant bien que mal les vies brisées par les puissances de ce monde, mais en se rappelant que ce ne sont que là que de maigres palliatifs à la douleur alors que la guérison dépend d'une force plus profonde que l'action humaine.
Ainsi donc, l'action salutiste ne devrait pas commencer à vouloir « faire » quelque chose à tout prix mais doit commencer par discerner l'action divine dans l'histoire humaine (ce qui est le propre de la parole prophétique). Sinon, nous sommes conduits à ne pas nous engager dans le bon combat – surtout si nous sommes poussés par le désir de montrer que les chrétiens « font quelque chose ».
Le drame, c'est que l'église (y compris l'Armée du Salut) manque aujourd'hui cruellement d'une parole prophétique. Mais serions-nous prêts à l'entendre alors que nous avons tendance à systématiquement éliminer de nos discours tout ce qui n'est pas considéré comme « audible » ?
Pourtant, la question fondamentale devrait-être : « Que signifie ce que nous vivons » ; c'est-à-dire que nous devrions tout d'abord être au clair sur l'interprétation à donner aux événements. Or, c'est justement le but de la parole prophétique que de nous conduire dans cette question. En effet, le prophète n'est pas là pour prédire le futur, mais pour interpréter le présent : le prophète nous dévoile ce qui se joue réellement dans les événements. Ce n'est pas une analyse économique, sociale ou politique de la situation, mais c'est le dévoilement de ce qui échappe à l'analyse humaine (en ce sens, la parole prophétique est a-rationnelle).
Or, face au spectacle de l'immense misère de l'est londonien du XVIIIe siècle, deux prophètes se sont levés : William Booth et Karl Marx. Ils ont tous deux eu une parole « prophétique », au sens où ils ont commencé par interpréter les événements auxquels ils assistaient.
Pour faire extrêmement simple, l'interprétation de Karl Marx était que cette misère était due à la domination socio-économique d'une classe (bourgeoise) sur une autre (prolétarienne). Mais en même temps, Karl Marx développe l'idée que l'histoire est traversée par une force qui va créer un monde nouveau qui mettra fin à cette domination (et qui passera nécessairement par un changement révolutionnaire). Cette force dépasse l'action humaine : il n'y a rien à faire d'efficace maintenant, sauf à préparer l'avenir qui se met en place.
William Booth développe quant à lui, une interprétation plus spirituelle : la misère n'est que le résultat du péché qui maintient le monde en esclavage et la population misérable de l'est londonien (qui vit en quelque sorte les prémisses de l'enfer) est la victime collatérale de cette domination. Contrairement à Karl Marx, William Booth ne croit pas au processus de l'histoire mais en Dieu qui agit dans l'histoire et qui a déjà acquis la victoire contre cette domination dans la mort et la résurrection du Christ.
Ainsi, nous aurions tort de considérer que William Booth prêchait une forme de christianisme social qui exhorterait simplement à aider les nécessiteux. Non, il parle de fondamentalement de « délivrance », d'une révolution spirituelle, seule capable de changer réellement les choses. Les chrétiens ont à proclamer (et à vivre) une délivrance des pouvoirs de ce monde qui veulent régner sur nos vies (à commencer par Mammon – le pouvoir de la richesse).
Mais ne prenez pas William Booth pour un vendeur de rêves. Au contraire, il était peut-être encore plus matérialiste que Marx car il appelait les salutistes à vivre concrètement – dans leur quotidien - les temps nouveaux qu'a ouverts Jésus à la croix et à en payer le prix (l'incompréhension, le rejet, et même parfois la violence).
William Booth appelle donc à vivre de manière « agressive », c'est-à-dire en confrontation avec ces puissances qui veulent diriger le monde en rébellion face à Dieu (comme si Dieu n'existait pas) en proclamant (et incarnant) que leur rébellion et leur pouvoir ont été anéantis par l’œuvre de Jésus-Christ à la croix.
Bien évidemment, les chrétiens ont le devoir de faire œuvre de charité afin de consoler tant bien que mal les vies brisées par les puissances de ce monde, mais en se rappelant que ce ne sont que là que de maigres palliatifs à la douleur alors que la guérison dépend d'une force plus profonde que l'action humaine.
Ainsi donc, l'action salutiste ne devrait pas commencer à vouloir « faire » quelque chose à tout prix mais doit commencer par discerner l'action divine dans l'histoire humaine (ce qui est le propre de la parole prophétique). Sinon, nous sommes conduits à ne pas nous engager dans le bon combat – surtout si nous sommes poussés par le désir de montrer que les chrétiens « font quelque chose ».
Le drame, c'est que l'église (y compris l'Armée du Salut) manque aujourd'hui cruellement d'une parole prophétique. Mais serions-nous prêts à l'entendre alors que nous avons tendance à systématiquement éliminer de nos discours tout ce qui n'est pas considéré comme « audible » ?

