l'origine « sauvés pour sauver »… mais, peu à peu, une autre signification a émergé, jusqu'à s'imposer aujourd'hui comme le slogan officiel de l'Armée : « sauvés pour servir ». Mon propos n'est pas de refaire l'histoire des S qui est beaucoup plus complexe que ce que je viens de rapporter. Mon propos n'a pas non plus pour but de déterminer qui aurait « raison », ce qui ne nous avancerait pas beaucoup. Mon propos sera de discerner au milieu de ces deux slogans la vocation profonde du Soldat du Salut.
Penchons-nous tout d'abord sur le slogan d'origine : « sauvés pour sauver ». Cette expression, qui était l'une des favorites de notre Fondateur William Booth, rappelle à tout salutiste que le Salut est le fondement de notre mouvement. Les Ordres et Règlements ne nous disent pas autre chose lorsque ses premières mots définissent l'Armée du Salut comme un groupement de personnes qui ayant accepté Jésus-Christ pour Sauveur et pour Seigneur, se donnent comme objectif commun d'engager leurs semblables à se soumettre à l'autorité du Christ (O&R pour Soldats de l'Armée du Salut, ch 1, Sect 1, § 1).
Il ne s'agit pas ici d'une longue et complexe réflexion philosophique sur le sexe des anges, mais de la confiance dans le Salut personnel reçu à la croix, la mort et la résurrection du Christ et vécu dans une vie nouvelle à sa suite. Ainsi, la raison d'être de l'Armée se trouve dans l'annonce de ce Salut en Christ, sans quoi, on peut fermer boutique.
Or, souvent, cette mission d'annoncer le Salut est résumée à la prédication du dimanche matin, ce qui pour moi est une erreur :
- d'une part, parce que le public du culte du dimanche matin est souvent un public déjà conquis (même s'il n'est pas forcément converti) et qu'en conséquence l'annonce du Salut perd contact avec ceux qu'elle vise initialement (ceux à l'extérieur),
- d'autre part, parce que la prédication – même salutiste – concerne de moins en moins la folie de la croix, pour se focaliser sur des thèmes de réconfort et de divertissement spirituel ou pour parler de la vie de l'Armée,
- pour finir, parce que cette annonce devient le rôle quasi-exclusif de l'officier, résumant le soldat à un bénévole-paroissien dont la vocation est de venir gonfler les statistiques des activités du poste.
Car cette annonce du Salut est la vocation de CHAQUE salutiste, quel que soit son grade ou sa position dans le poste. Au risque de me répéter, c'est la raison d'être de l'Armée et de la vocation salutiste. Sans cet « objectif commun » de rechercher le Salut de nos semblables, on perd notre identité et seul le folklore salutiste arrive tant bien que mal à maintenir les rangs.
Or, combien il est rarissime d'entendre les salutistes parler de ce Salut, de s'en émerveiller, de témoigner de leur vie nouvelle – entre nous, comme à l'extérieur.
Les communautés salutistes perdent un enracinement spirituel dans la vie nouvelle et l'amour pour les perdus, qu'on tente de pallier avec du social de masse, du divertissement (teinté de notes spiritualisantes) et d'une pseudo-camaraderie qui disparaît à la moindre attaque de l'adversaire.
Se pose donc la question : sommes-nous au clair sur le fondement, la raison d'être, non seulement de notre Armée dans son ensemble, mais également de chacun de nos postes et de chaque engagement de soldat ? Et si la vocation de l'Armée est toujours d'être une « mission permanente auprès des inconvertis », alors ça s'apprend, ça se réinvente, ça s'innove ! Le témoignage, comme toute chose, s'enseigne, s'apprend, s'enracine et s'approfondit.
La suite au prochain épisode...







