lundi 30 mars 2015

Sauver ou Servir ? (1)

Les deux S portés par les salutistes (qui étaient le cœur de l'uniforme à l'origine) signifiaient à
l'origine « sauvés pour sauver »… mais, peu à peu, une autre signification a émergé, jusqu'à s'imposer aujourd'hui comme le slogan officiel de l'Armée : « sauvés pour servir ». Mon propos n'est pas de refaire l'histoire des S qui est beaucoup plus complexe que ce que je viens de rapporter. Mon propos n'a pas non plus pour but de déterminer qui aurait « raison », ce qui ne nous avancerait pas beaucoup. Mon propos sera de discerner au milieu de ces deux slogans la vocation profonde du Soldat du Salut.

Penchons-nous tout d'abord sur le slogan d'origine : « sauvés pour sauver ». Cette expression, qui était l'une des favorites de notre Fondateur William Booth, rappelle à tout salutiste que le Salut est le fondement de notre mouvement. Les Ordres et Règlements ne nous disent pas autre chose lorsque ses premières mots définissent l'Armée du Salut comme un groupement de personnes qui ayant accepté Jésus-Christ pour Sauveur et pour Seigneur, se donnent comme objectif commun d'engager leurs semblables à se soumettre à l'autorité du Christ (O&R pour Soldats de l'Armée du Salut, ch 1, Sect 1, § 1).

Il ne s'agit pas ici d'une longue et complexe réflexion philosophique sur le sexe des anges, mais de la confiance dans le Salut personnel reçu à la croix, la mort et la résurrection du Christ et vécu dans une vie nouvelle à sa suite. Ainsi, la raison d'être de l'Armée se trouve dans l'annonce de ce Salut en Christ, sans quoi, on peut fermer boutique.

Or, souvent, cette mission d'annoncer le Salut est résumée à la prédication du dimanche matin, ce qui pour moi est une erreur :
- d'une part, parce que le public du culte du dimanche matin est souvent un public déjà conquis (même s'il n'est pas forcément converti) et qu'en conséquence l'annonce du Salut perd contact avec ceux qu'elle vise initialement (ceux à l'extérieur),
- d'autre part, parce que la prédication – même salutiste –  concerne de moins en moins la folie de la croix, pour se focaliser sur des thèmes de réconfort et de divertissement spirituel ou pour parler de la vie de l'Armée,
- pour finir, parce que cette annonce devient le rôle quasi-exclusif de l'officier, résumant le soldat à un bénévole-paroissien dont la vocation est de venir gonfler les statistiques des activités du poste.

Car cette annonce du Salut est la vocation de CHAQUE salutiste, quel que soit son grade ou sa position dans le poste. Au risque de me répéter, c'est la raison d'être de l'Armée et de la vocation salutiste. Sans cet « objectif commun » de rechercher le Salut de nos semblables, on perd notre identité et seul le folklore salutiste arrive tant bien que mal à maintenir les rangs.

Or, combien il est rarissime d'entendre les salutistes parler de ce Salut, de s'en émerveiller, de témoigner de leur vie nouvelle – entre nous, comme à l'extérieur.

Les communautés salutistes perdent un enracinement spirituel dans la vie nouvelle et l'amour pour les perdus, qu'on tente de pallier avec du social de masse, du divertissement (teinté de notes spiritualisantes) et d'une pseudo-camaraderie qui disparaît à la moindre attaque de l'adversaire.

Se pose donc la question : sommes-nous au clair sur le fondement, la raison d'être, non seulement de notre Armée dans son ensemble, mais également de chacun de nos postes et de chaque engagement de soldat ? Et si la vocation de l'Armée est toujours d'être une « mission permanente auprès des inconvertis », alors ça s'apprend, ça se réinvente, ça s'innove ! Le témoignage, comme toute chose, s'enseigne, s'apprend, s'enracine et s'approfondit.

La suite au prochain épisode...

lundi 23 mars 2015

L'Uniforme (7)

Nous allons terminer notre série avec quelques questions pratiques : l'uniforme est-il cher et pas partique ?

Précisons immédiatement que ces questions pratiques, quoi qu'ayant leur importance ne doivent surtout pas masquer les questions de fond qui ont été posées tout au long des précédents articles.

Lorsque l'uniforme est apparu au sein de l'Armée du Salut, Catherine Booth (la mère de l'Armée) disait qu'elle voulait quelque chose qui soit pratique et bon marché. Presque 130 ans plus tard, on est en droit de se demander si ces deux impératifs sont toujours d'actualité.

Commençons par le coût de l'uniforme. On entend souvent dire que l'uniforme est cher et force est de reconnaître que l'uniforme n'est pas donné. En effet, pour un uniforme au grand complet, il faut compter plus de 300€ ce qui représente tout de même une somme conséquente, surtout pour les faibles revenus (d'autant plus, si c'est simplement pour le sortir le dimanche matin), et cela pose question quand, en outre, la qualité n'est pas toujours au rendez-vous (et je mets de côté la question du pressing).

Toutefois, on peut quand même relativiser cette somme dans nos pays occidentaux quand on pense au prix que l'on dépense pour certains gadgets à la mode dont l'utilité reste parfois à démontrer.

Mais bien plus que la question du prix en tant que tel, ce qui me frappe souvent, c'est à quel point l'achat de l'uniforme est un problème personnel en occident. Pourtant l'acquisition d'un uniforme fait partie de l'entrée d'une personne au sein de la « communauté en mission » qu'est l'Armée. Il me semble que toute la communauté est concernée par l'acquisition d'un uniforme par quelqu'un qui entre dans la communauté. D'ailleurs, en Afrique, c'est souvent toute la communauté qui se cotise pour offrir un uniforme à une nouvelle recrue. Cela montre parfois l'absence profonde d'un esprit véritablement communautaire dans les pays occidentaux (critique qui ne vaut pas que pour l'Armée d'ailleurs).

Venons-en ensuite au second point : l'uniforme es-il pratique ? Et là encore, force est de reconnaître que l'uniforme n'est pas vraiment pratique. Comme je l'ai déjà écrit, c'est un uniforme de bureau et de gala, mais pour les activités plus mouvementées, l'uniforme actuel en arrive rapidement à ses limites.

En outre, je fais souvent la remarque quand je veux me mettre en uniforme, il faut que je me déshabille quasiment entièrement pour ensuite, mettre :
- un maillot de corps blanc,
- des chaussettes noires,
- une chemise blanche repassée,
- un pantalon noire avec ceinture,
- des chaussures noires,
- une cravate, 
- des épaulettes,
- la veste,
- et éventuellement le képi
Bref, c'est tout sauf pratique !
D'ailleurs, j'aime l’hiver car pour me mettre « en uniforme », il me suffit d'enfiler un grand manteau noir et mettre mon képi sur la tête.

On me répondra peut-être que pour les activités plus physiques (distributions alimentaires, ménage, travaux dans le poste, activités de jeunesse, transport de matériel, …), on peut toujours porter un polo de l'Armée. C'est vrai (et c'est ce qui se passe souvent dans les faits), mais ce qui pose problème, c'est que le polo n'est pas considéré officiellement comme un uniforme (d'ailleurs tout le monde peut porter ce polo). On pourrait donc se demander si on ne pourrait pas avoir plusieurs types d'uniforme selon le type d'activité (un peu comme l'armée régulière a des uniformes de gala, de bureau, de terrain, …).

Pour conclure cette série d'articles, je vous laisse une idée d'uniforme plus pratique et moins cher (une idée qui vaut ce qu'elle vaut). Cette idée m'est venu en allant au bureau de poste et en voyant les agents d'accueil porter un gilet gris par-dessus leurs habits. Je me suis demandé si on ne pouvait pas imaginer un uniforme de ce type, qui aurait les avantages suivant :
- c'est pratique à porter (y compris pour des activités physiques),
- c'est très pratique à mettre puisqu'il faut simplement le mettre par-dessus ses propres habits,
- comme il ne s'agit que d'un gilet, ça réduit sensiblement le coût,
- on peut l'imaginer avec un tissu résistant et facilement lavable,
- ce type d'uniforme maintient l'uniformité et reste repérable.

J'en ai imaginé un dont j'ai mis les croquis ci-dessous… peut-être une piste à explorer (et à critiquer).
Vous remarquerez que j'ai écrit "sauvéS" au lieu de "sauvé", pour accentuer l'aspect "communauté en mission".
























La série sur l'Uniforme est terminée pour le moment, mais n'hésitez à réagir.

lundi 16 mars 2015

L'Uniforme (6)


Ne sait-il pas que c'est un Poste sympathique et respectable ici ?
Caricature de Lindsay Cox
Après, le message, le ton, l'occasion, l'uniformité de l'uniforme et son lien avec l'engagement de soldat, intéressons-nous à une autre question : l'uniforme est-il un contre-témoignage ?

Il faut, je pense, immédiatement mettre une limite au débat : c'est un fait indiscutable qu'on ne peut pas plaire à tout le monde et que si nous ne voulons froisser personne, alors non seulement il faut mieux rester chez soi, mais surtout il ne faut plus annoncer la Croix qui reste une folie pour le monde (1 Co 1,18).

Par exemple, on fustige souvent l'austérité de l'uniforme qui ne cadre plus avec une société où l'on est condamné à être "cool" (je précise immédiatement qu'être "cool", c'est être soumis à des normes vestimentaires strictes comme la fameuse Sainte Trinité baskets-casquette-survêt'). Il est vrai que l'uniforme est imposant et sombre (vestige de l'ère victorienne dans laquelle est née l'Armée du Salut). Mais sa réception reste une question subjective :
- pour certains, l'uniforme va inspirer du sérieux, une bonne présentation, une autorité sûre, et donc une forme de confiance,
- pour d'autres, l'uniforme va provoquer automatiquement un malaise.

Si on parle de "contre-témoignage", alors il faut commencer parler du témoignage. Que voulons-nous témoigner exactement par notre uniforme ? (question qui revient régulièrement dans mes articles).

Souvent, les personnes qui parlent de "contre-témoignage" de l'uniforme en réalité projettent sur la personne qu'ils ont en face d'eux un malaise qu'eux-mêmes ressentent par rapport à ce que l'uniforme veut témoigner.

Un exemple fréquent est l'aspect militaire de l'uniforme : je renvoie à l'article sur le ton de l'uniforme, mais je note que, contrairement à ce qu'on pense généralement, l'aspect militaire/combat est moins négatif dans l'imaginaire collectif qu'on ne le croit. C'est souvent le fait qu'on dise qu'on « combat » pour Jésus qui dérange, car nous ne voulons plus voir la foi comme un militantisme, un état d'esprit radical ou un combat spirituel. C'est donc le porteur qui n'est pas à l'aise (ou pas au clair) avec le témoignage de l'uniforme, plutôt qu'un contre-témoignage.

Voici donc les questions que l'on devrait se poser en premier lieu :
- Sommes-nous au clair sur le message que l'on veut faire porter à l'uniforme ?
- Ce message est-il lisible par les personnes de l'extérieur (de manière générale) ? Par exemple, si l'aspect militaire de l'uniforme est très lisible, les "S" sans autre explication restent peu lisibles.

Une fois ces questions posées, alors vient la problématique du contre-témoignage : notre attitude porte-t-elle un témoignage contraire à celui de l'uniforme ?

Par exemple, on entend souvent dire que l'uniforme marquerait une "séparation" entre les soldats et les autres et que cela donnerait l'impression d'être "entre-nous". Cela me rappelle une fois où j'étais de passage dans un grand poste d'un autre territoire, j'étais en civil et inconnu dans ce poste. A la fin du culte, la communauté était invitée à partager un café au fond de la salle. Je suis allé prendre un café et j'ai attendu pour voir si quelqu'un viendrait me parler. J'ai attendu 20 bonnes minutes sans que personne ne s'adresse à moi (y compris le Sergent-Major en plein uniforme); jusqu'à ce que l'officier ait fini de discuter avec toutes les personnes qui voulaient lui parler, s'avance au fond de la salle et que le Sergent-Major du poste lui glisse discrètement un mot à mon propos. L'officier s'est alors dirigé vers moi pour me parler.
20 minutes ! Sans que personne, y compris les personnes en uniforme, ne vienne m'adresser la parole. Cette expérience m'a montré 2 choses :
- l'aspect convivial du verre de l’amitié/repas fraternel sert parfois de cache-misère à un manque de communion fraternelle et à un manque d'accueil (car, on l'oublie souvent, la communion fraternelle n'est pas une question de biscuit et de café, mais est avant tout une œuvre - difficile - de l'Esprit-Saint en nous),
- ce qui donnait l'impression d'un "entre-nous" n'était pas l'uniforme (ou le non-uniforme), mais l'attitude des gens à mon égard.
Je précise que je ne condamne personne ici : cela m'a montré que moi-même, j'avais parfois la même attitude avec certaines personnes (nouvelles ou non, d'ailleurs).
Ainsi, c'est surtout notre attitude en portant l'uniforme qui provoque la séparation ; un peu comme les clowns, qui sont sensés nous faire rire, peuvent nous faire peur depuis le livre "ça" de Stephen King.

En conclusion, l'uniforme est là pour porter un message précis (sommes-nous déjà au clair sur ce celui-ci ?), et c'est surtout notre attitude qui peut parfois être un contre-témoignage au message proclamé par l'uniforme.

Je pense encore faire un dernier épisode pour la série sur l'uniforme. Mais n'hésitez pas à réagir.

lundi 9 mars 2015

L'Uniforme (5)

L'homme du XXIe siècle en prière (Piem, Dieu et vous)
[Attention : article non diplomatique]

Après, le message, le ton, l'occasion et l'uniformité de l'uniforme, intéressons-nous à une autre question : l'uniforme et l'engagement de soldat.

On entend régulièrement dire que l'uniforme est un frein pour l'engagement de soldat et que certaines personnes (combien exactement ? Difficile à dire) auraient pris l'engagement de soldat si la question de l'uniforme ne s'était pas posée.

Il me semble qu'il faut commencer par avoir l'humilité de dire que c'est une question qu'on peut difficilement trancher de manière générale, car l'engagement de soldat est une décision individuelle et qu'il faudrait regarder au cas par cas pour savoir exactement sur quoi portent les réticences.

Ce qui me frappe (et me désole à vrai dire), c'est à quel point le port de l'uniforme (et la question de l'alcool) est un point « critique » dans l'engagement de soldat. Parfois, on a un peu le sentiment que toute la question de l'engagement de soldat est résumée à : est-ce qu'on accepte de porter un uniforme et d'arrêter de boire de l'alcool ? Soit la réponse est oui et on devient soldat, soit la réponse est non et on peut toujours devenir adhérent. Dit autrement, c'est comme si le port de l'uniforme, en tant que tel, était l'élément fondamental de l'engagement de soldat.

Face à la question « Doit-on absolument porter l'uniforme pour être soldat ? », je me demande si on est bien au clair sur ce qu'est le Soldat et sur ce qu'on attend de lui. Par exemple, je suis très mal à l'aise (pour ne pas dire que ça me révolte) quand j'entends dire qu'un soldat est un « paroissien » de l'Armée du Salut. L'engagement de soldat a tellement été vidé de son sens, qu'il est normal qu'on en vienne à considérer l'adhérent comme un soldat qui n'est pas obligé de porter un uniforme et qui peut boire de l'alcool. Mais pour moi, c'est l'inverse : c'est le soldat qui est devenu peu à peu un adhérent/paroissien avec un uniforme.

Donc, selon ce point de vue, si c'est juste pour être un paroissien, venir se divertir/reposer spirituellement le dimanche matin (ce qui déjà est un paradoxe pour moi, mais passons), alors bien sûr, l'uniforme ne devrait pas être obligatoire ! Mais en allant plus loin, l'engagement de soldat non plus ! D'ailleurs pourquoi se déplacer jusqu'au poste, surtout en hiver quand il fait froid et que ça glisse par terre. Il y a un culte à la radio tous les dimanches matins : parfait !

Et comme la société nous pousse à éviter tout ce qui pourrait être considéré comme une entrave à la « liberté » (comprise au sens du monde : faire ce que je veux, si je veux, quand je veux) considérée comme l'accomplissement de la destinée humaine (heureusement que Christ n'a pas suivi cette destinée), alors on en vient rationnellement à choisir d'être adhérent, plutôt que soldat, puisque tout est résumé à cette question "fondamentale" de l'uniforme.

C'est le principe même de la consommation : venez chez nous, c'est moins cher (en apparence tout du moins, car tout a un prix, même l'esprit du monde et sa « liberté »). Mais la logique de la consécration est inverse. C'est apprendre à mourir soi-même, à s'abaisser pour que le Christ grandisse et que ce soit Lui qui vive en nous ! Le principe de base de l'Evangile n'est pas qu'il s'adapte à nos vies, mais que nos vies se refondent sur l'Evangile. A force de négocier tout ce qui pourrait être une entrave à notre « liberté », on en vient par faire un engagement à notre image (ce qui est la base du péché).

Mais alors, quels sont les fondamentaux de l'engagement de Soldat ? C'est une bonne question que l'Armée se pose assez peu à mon sens.

Le soldat était une personne qui s’intégrait à un mouvement, une vocation missionnaire d'un poste d'évangélisation. C'est dans cet effort missionnaire permanent que l'engagement de soldat et accessoirement l'uniforme, prenaient tout leur sens (ce qui n'empêche qu'on puisse le critiquer par ailleurs). Bref, la vocation et l'engagement de soldat s'ancrent dans la dynamique d'un gagneur d'âme. Selon moi, c'est le fondement de l'engagement de soldat.

Or la vocation missionnaire de l'Armée du Salut - au moins en France - a disparu (sans faire de généralité non plus, mais c'est une tendance indéniable). Alors, oui l'uniforme est un frein pour devenir un paroissien, c'est sûr !

Alors bien sûr, je ne dis pas qu'un vrai disciple du Christ doit forcément porter un uniforme, ou ne plus boire d'alcool (d'ailleurs ce n'est pas le discours de l'Armée). Et je crois même que si l'Armée abandonne un jour l'uniforme, elle n'aura pas pour autant perdu son âme. Par contre, faire croire qu'abandonner l'uniforme va permettre d'avoir davantage de gagneurs d'âme à l'Armée, c'est se voiler la face sur un problème plus profond.

Pour moi, la question « l'uniforme est-il un frein pour l'engagement de soldat ?» est un faux débat. Dit autrement, le fait qu'on se cristallise autant sur l'uniforme est le symptôme d'un vide plus profond. On devrait déjà se demander : Pourquoi (et pour quoi) veut-on encore des Soldats dans l'Armée ? Qu'attendons-nous d'eux ?

Et si nous n'affrontons pas cette question, nous laissons un vide dans lequel s'engouffre la logique individualiste et consommatrice du monde qui tend à évacuer un uniforme qui, effectivement, n'a plus vraiment de sens.

Prochain et (sûrement) dernier épisode de la série : l'uniforme est-il un contre-témoignage ? Mais n'hésitez pas à réagir.

mercredi 4 mars 2015

Conférence


Pour tous ceux qui habitent Paris ou qui seront de passage sur la capitale : Conférence du Sergent-Major Marc Muller

l'Armée du Salut et la 1ere guerre mondiale

3 bonnes raisons d'y assister :
- il est important de connaître notre histoire : c'est en sachant d'où l'on vient que l'on sait où on va,
- on ne perd jamais son temps à écouter le Sergent-Major Marc Muller. Même si le sujet ne vous intéresse pas à priori, Marc a l'art et la manière de rendre n'importe quoi intéressant,
- par solidarité salutiste : le connaissant, il aura passer beaucoup de temps à préparer son sujet  ; allons encourager et soutenir notre camarade !

Cette conférence aura lieu le 24 Mars 2015 à l'Eglise Protestante Unie, 58 rue Madame, Paris VIe.
(M° St Placide ou ND des Champs)
19h : Repas avec une participation de 7€
20h : début de la conférence-débat.

Informations et inscriptions :
Pasteur Françoise VINARD
06 98 37 47 84 ou francoise.vinard13@gmail.com

lundi 2 mars 2015

L'Uniforme (4)

Commissaires Frederick et Emma Booth-Tucker
Pionniers de l'Armée du Salut en Inde
Après avoir regardé le message porté par l'uniforme, le ton de l'uniforme, ainsi que l'occasion de l'uniforme ; voyons une question plus formelle : L'uniforme doit-il être uni-forme ?

J'ai pas mal fustigé l'uniforme comme signifiant simplement l'appartenance à un club, à une image (notamment d'une ONG sympathique).

Mais l'extrême inverse serait l'hyper individualisme du témoignage. En effet, si le but de l'uniforme est plus de parler du Salut en Jésus-Christ que d'un club ; l'uniforme n'en reste pas moins porteur d'une mission qui réunit des personnes, une communauté fondée sur une mission. Dit autrement, le but de mon uniforme n'est pas de parler de « Jésus et moi » (voire « MOI et Jésus »), mais d'une vocation, d'une mission qui me dépasse.

On a parfois sacrifié le Christ sur l'autel de l'institution de l'église (y compris dans l'Armée) ; mais aujourd'hui, nous assistons à un extrême inverse : nous sacrifions le Christ (et la communauté) sur l'autel de l'individu. Pourtant entrer en relation avec le Christ, c'est :
- d'une part, reconnaître la Seigneurie du Christ dans toute notre vie (et donc que nous ne nous appartenons plus et qu'il ne s'agit plus de « moi », mais de Christ en moi – Ga 2,20),
- d'autre part, entrer dans l'histoire d'un Peuple qui nous dépasse (dans l'espace et dans le temps).

Ainsi, l'uniformité de l'uniforme permet :
- de ne pas être réduit à une parure, une simple extension de nous-mêmes, de notre ego,
- de représenter une autorité dont nous ne sommes que le serviteur (inutile et infidèle) et non l'inverse,
- de créer un lien qui dépasse le poste (territoire, international, …). L'uniforme symbolise ainsi une unité qui transcende les frontières, les nations, les cultures (Christ nous envoyant annoncer la Bonne Nouvelle « à toute la création » - Mc 16,15),
- à celui qui le porte, de se rappeler non seulement sa vocation, mais aussi l'état d'esprit qui unit tous les salutistes à la même mission. En outre, cela rappelle au porteur de l'uniforme qu'il appartient à une « nuée de témoins » sans laquelle il ne serait pas là (bref, il ne s'agit pas que de soi),
- l'identification et le repérage, à l'instar des policiers et les militaires qui se distinguent du simple quidam : ce ne sont plus des individus, mais des porteurs d'une autorité et d'une mission au milieu de la foule anonyme.

L'uniformité s'oppose donc au droit à s'habiller « comme on veut » (ce qui est une illusion, puisqu'on suit toujours des codes pour s'habiller). Et l'argument selon lequel l'« uni-forme » serait une caractéristique du XIXe siècle ne tient pas quand on songe que beaucoup d'actions de l'Armée adopte l'uniformité aujourd'hui (T-Shirt Forever ou Action Quartier, gilets jaunes fluorescents de bénévole pour les soupes de nuit par exemple, etc).

Toutefois, on peut penser à Frederick Booth-Tucker (1853-1929 qui implanta l'Armée du Salut en Inde) qui accepta d'adapter l'uniforme à la culture indienne. Mais cela est resté une « adaptation », et non pas une « dilution » de l'uniforme :
- l'uniforme restait repérable et identifiable,
- ce n'était pas un uniforme complètement différent qui n'aurait rien à voir avec l'uniforme standard,
- ça restait « uni-forme » : chaque salutiste indien ne portait pas ce qu'il voulait.

Alors, au lieu de se cristalliser sur des débats un peu simplistes et souvent stériles (« pour » ou « contre » l'uniforme), posons-nous cette question : Voulons-nous toujours garder une certaine uniformité (même minimale) au sein de l'Armée du Salut ?

J'offre ici une piste de réflexion possible : nous pourrions peut-être réfléchir à libérer un peu la forme de l'uniforme (en tout cas au niveau territorial ou d'un poste). Parce que sinon, on risque de créer un deux poids/deux mesures :
- un uniforme standard « inamovible », et
- un non-uniforme où la forme reste complètement arbitraire sans aucune uniformité, aucun standard et aucun règle (T-shirt, polo, ...)

Nous devrions alors nous poser la question suivante : quels sont les éléments fondamentaux de l'uniforme (historiquement le cœur de l'uniforme, c'était les « S »). Dit autrement : si on ne devait garder qu'une seule chose de l'uniforme, que gardon-nous ? (les épaulettes, les S, le képi, la couleur, etc.). A titre d'illustration, les différents uniformes de Frederick Booth-Tucker gardaient toujours un élément clef (je ne suis pas un spécialiste, il faudrait vérifier): des épaulettes (aspect militaire) parfois avec des « S », parfois avec des inscriptions en sanskrit que je suppose assimilées.

La suite au prochain épisode…. Mais n'hésitez pas à réagir.