mercredi 5 août 2015

Armée du Social (1)

La question de la place du « social » dans l'Armée du Salut est une question épineuse qui a fait l'objet de nombreuses publications en tout genre (articles, livres, thèses, …)
Cette série d'articles n'a pas pour vocation de vouloir réinventer la poudre. Entre autres, je n'attaquerai pas vraiment l'approche « historique », n'étant pas assez compétent sur ce sujet. Tout au plus, pouvons-nous garder en mémoire que des controverses autour de la place du social dans l'Armée du Salut ont été présentes dés les toutes premières décennies du mouvement.

Je précise immédiatement qu'il n'est pas question de faire ici de la Fondation, l'ennemi de l'Armée, n'en déplaise à certains esprits chagrins. Même si l'unité Congrégation-Fondation est un vrai débat, je ne m'intéresserai pas à la Fondation pour 3 raisons :
 - la Fondation a toujours fait ce pour quoi elle a été créée (et elle le fait très bien),
 - la création de la Fondation n'est pas la cause de tous les maux de l'Armée, mais l'aboutissement juridique d'une crise identitaire qui est en germe dans l'Armée depuis des décennies (par exemple, l'autobiographie du Commissaire Charles Péan met en lumière une scission social-évangélisation qui très palpable déjà dans les années 50-60),
 - la réaction de certains salutistes face à la création de la Fondation n'a pas toujours été spirituellement exemplaire, démontrant un certain attachement aux « richesses » (finances, image, honneurs, … ) que l'action sociale institutionnalisée représentait.

Dans un poste de l'Armée du Salut, il est d'usage de dire qu'il y a une "action d'évangélisation" (qui aujourd'hui est résumée à une activité d'église classique avec très peu d'évangélisation en réalité) et une "action sociale". Cette distinction ne date pas d'hier puisque le Général Coutts (1963-1969) présentait déjà l'Armée du salut comme étant à la fois une église et à la fois une œuvre humanitaire. Mais cette distinction me pose problème car cela revient à nier que l'Armée du Salut est - en elle-même - une action "sociale".

Or l'Armée du Salut est – par définition – une action auprès des gens de l'extérieur, notamment des plus démunis (quel type d'action ? pour des personnes démunies de quoi ? Là est un autre débat). L'Armée du Salut a comme vocation d'être l'organe le plus à la périphérie du Corps du Christ (pour réutiliser une idée du Pape François). C'est un mouvement dont les premiers « bénéficiaires » ne sont pas en son sein (ni de l'Armée, ni du Corps du Christ). L'Armée du Salut est une œuvre constamment dirigée vers la 100e brebis perdue. Elle est profondément une action "sociale" !

Or le premier drame, c'est justement qu'elle n'est plus comprise comme une action sociale. Elle devient un club d'activités dont le but est de divertir (pour ne pas dire « occuper ») ses membres. Ses « membres » sont de moins en moins des militants envoyés vers les « sans-église » mais deviennent les premiers bénéficiaires des activités de l'Armée, sans que cette dernière ne les pousse vraiment à s'engager dans son combat premier : le Salut des perdus. (Bien sûr, il ne faut pas généraliser, car des actions formidables ont lieu - comme les camps Forever - mais c'est quand même une tendance générale).

Je suis perplexe de voir que les congrès et camps de l'Armée (qui à l'origine sont de formidables occasions de mobilisation) sont compris par certains comme une occasion de créer du lien de copinage entre « salutistes » plutôt que comme des occasions de mission (ou au moins de se nourrir pour la mission). Cela crée une identité salutiste qui au lieu de se forger sur l'appartenance à une mission commune, se forge sur une familiarité qui s'établit de camp en camp et par liens familiaux. Résultat des courses : on se retrouve avec un réseau de « salutistes » qui non seulement n'est plus tourné vers l'extérieur, mais qui en plus devient impénétrable aux personnes extérieures qui se sentent exclues des discussions se remémorant les bons moments passés durant les camps. C'est une catastrophe d'autant que le moteur de toute cette machine devient moins la passion des âmes qui se perdent que la volonté de venir se faire du bien, se divertir ou se développer.

Alors pour résumer mon premier point, le problème de l'Armée n'est pas qu'elle "ait" une branche « action sociale ». Le problème est que l'Armée du Salut est de moins en moins comprise comme une action sociale, une action vers les autres.

La suite au prochain épisode, mais n'hésitez pas à réagir....