mercredi 2 mai 2018

O&R (2) : deux difficultés dans la prière

Comme le billet précédent encourageait à vivre des temps réguliers dans la prière, il peut sembler naturel de citer une nouvelle fois les Ordres et Règlements pour soldat pour encourager les chrétiens à persévérer dans la prière.
Que la personne qui n'ait jamais vécu un temps de prière qui semblait vide, voire sans vie, laisse le premier commentaire...
Une des impressions qu'on entend souvent lorsqu'on parle de la vie de prière est "j'ai du mal à me concentrer" ou "je suis vite distrait". L'autre, aussi extrêmement classique est "pff, j'ai pas envie de m'y mettre". Ces obstacle très concrets ne sont pas passés inaperçus lors de la rédaction des O&R, comme nous allons le voir tout de suite.

Chapitre 4 "Maintenir le contact avec l'auteur de la vie". Section 1 "La vie de prière", paragraphe 6.
 Le soldat du salut ne se laissera pas décourager par deux difficultés courantes rencontrées même par les plus grands saints. Il n'aura pas toujours fort envie de se mettre à prier. Mais même un moment de recueillement en apparence aride, peut souvent avoir une efficacité réelle. Le Saint-Esprit prie en l'âme sincère bien qu'elle ne soit pas inspirée. Une autre difficulté réside dans le fait que l'esprit vagabonde. Il ne faut pas s'en alarmer, mais faire entrer les pensées étrangères dans le corps de la prière. On peut très bien en entretenir le Père céleste.
 En premier lieu, on note la parole très encourageante "même par les plus grands saints", autrement dit : "vous n'êtes pas tous seuls dans ce cas" ou "même les plus grands ont du mal avec ça !". Je dis que c'est encourageant car plutôt que de se dire "ah... je vais jamais m'en sortir alors", voyons ça comme une opportunité d'apprendre de l'expérience de chrétiens depuis des milliers d'années, et au minimum, de salutistes depuis environ 150 ans. D'ailleurs - et c'est un conseil pas particulièrement tiré de ce paragraphe des O&R - savoir qu'on mène le même combat permet de se soutenir : prier les uns pour les autres en demandant à Dieu qu'il stimule notre vie de prière lance des dynamiques qui porte beaucoup de fruit.

Puis sont mentionnées les deux fameuses difficultés.
Un des meilleurs moyens de régler un problème, c'est de le reconnaître et de l'avouer : reconnaissons qu'on n'a pas toujours envie de se mettre à prier ! Et même que des fois, lorsqu'on est dedans, on a l'impression qu'on ne va nulle part ! Les O&R nous expliquent qu'heureusement, le fruit de nos prières ne dépend pas de notre humeur ou de nos émotions, car la prière est avant tout spirituelle, c'est à dire que c'est l'Esprit qui travaille en nous.
La Bible rend témoignage à cette œuvre de l'Esprit notamment par :
 De même l'Esprit aussi nous vient en aide dans notre faiblesse. En effet, nous ne savons pas ce qu'il convient de demander dans nos prières, mais l'Esprit lui-même intercède par des soupirs que les mots ne peuvent exprimer (Romains 8,26)
 L'important, c'est la sincérité. Nous pouvons avoir foi que si nous prions fidèlement, malgré le manque apparent d'inspiration, l'Esprit nous vient en aide.

L'autre difficulté rencontrée (et j'ai du mal à me décider sur laquelle des deux est la plus courante !) est qu'une distraction est si vite arrivée dans un moment de prière. Là encore, les O&R sont de brillants conseils, d'une part en nous rassurant, puis en conseillant d'inclure les pensées distrayantes dans la prière. Vous êtes en train de prier pour un membre de votre famille et vous pensez à votre examen de demain ? Pas de problème, un petit "et au fait Seigneur, je stresse grave pour demain, donne-moi la paix par rapport à ça", et on repart sur l'intercession pour la famille ! Il n'y a pas de sujet de notre vie qui ne concerne pas Dieu ou qui ne l'intéresse pas ! Tout est sujet de prière !
 
Un grand classique pour la vie de prière est le verset suivant :

Ne vous inquiétez de rien, mais en toute chose faites connaître vos besoins à Dieu par des prières et des supplications, dans une attitude de reconnaissance. (Philippiens 4,6)
Deux pratiques personnelles qui m'aident dans ma vie de prière régulière par rapport à tout ça :
  • écrire les prières. C'est plus facile de se rendre compte qu'on a arrêté de prier parce qu'on est distrait quand ça fait 2 minutes qu'on écrit plus ! (et ça a l'effet bonus de pouvoir revenir dessus les jours d'après pour admirer les réponses de Dieu à nos prières !)
  • prier à voix haute. Pareil, si on est silencieux, c'est qu'on a arrêté la prière.Mais également, ça renforce cette idée que c'est une conversation et je trouve que ça me rapproche de Dieu. (ce qui n'enlève en rien la valeur de la prière silencieuse / méditative !!)
 N'hésitez pas à en parler autour de vous, échangez sur vos expériences de la prière. C'est très riche de partager sur tout ça. Isolé, on est vite découragé, alors qu'à plusieurs pour s'entraider, ça porte du super fruit !


dimanche 29 avril 2018

Haut Conseil - Ep1

Eh ! Vous saviez que le le "Haut Conseil" de l'Armée du Salut allait bientôt se réunir pour élire le/la prochain(e) Général(e) de l'Armée du Salut ?

Alors pour en savoir plus et devenir incollable sur le "Haut Conseil", son histoire et son fonctionnement, n'hésitez pas à voir cette nouvelle série que nous démarrons sur la chaîne YouTube "Soldats du Salut".😀


vendredi 6 avril 2018

Couleurs du Drapeau Sang & Feu

Eh, vous connaissez la signification des trois couleurs du drapeau Sang & Feu (drapeau de l'Armée du Salut) ? En êtes-vous sûrs ? Pour vérifier, regardez cette vidéo...
♪ ♫
Ce cher drapeau combien je l’aime !
Il parle à tous de liberté.
Oui, c’est un merveilleux emblème
Qu’il faut arborer.
Il dit aux peuples de la terre :
Reconnaissez en Jésus-Christ
Le rédempteur, l’ami, le frère, oh, venez à lui !

 

mercredi 4 avril 2018

O&R (1) : Temps de prière 3 fois par jour

J'ai eu une conversation avec une personne qui lit les ordres et règlements pour soldat, le fameux  "Une vocation, Un ministère", et plus récemment elle a lu le passage sur la prière. Elle me dit "j'ai du mal lire un passage, j'ai rien compris".
Moi, passionné par expliquer aux gens des passages un peu difficiles, je lui demande de développer. "Ben oui, j'ai cru comprendre qu'on était censé prier 3 fois par jour, mais j'ai jamais entendu ou vu des salutistes le faire".
J'étais à la fois gêné, et à la fois mort de rire. Mort de rire parce que cela montre bien à quel point on n'applique plus ce que nous avons dans nos ordres et règlements pour soldats - qu'on pourrait définir comme "la quintessence de l'esprit salutiste", ou encore, "manuel pour être sauvé, et pour amener d'autres au salut". 
Gêné parce que j'ai promptement avoué que je n'appliquais pas moi-même ce qu'il y avait écrit.

Alors de quoi parlons-nous ? 
Chapitre 4 "Maintenir le contact avec l'auteur de la vie". Section 1 "La vie de prière", paragraphe 2.
L'enfant de Dieu peut et doit se tourner vers son Père chaque fois qu'il en éprouve le besoin et lui parler de tout ce qui pèse sur son esprit. Cependant, il ne connaîtra une vie de prière ininterrompue que s'il se discipline à consacrer des moments précis à la communion avec Dieu. Avant que les tâches quotidiennes ne l'absorbent, il doit se mettre en présence de Dieu afin d'être tout à nouveau en union avec lui. Il ne devra pas non plus terminer ses journées sans en faire l'examen devant lui. Et le soldat du salut élèvera vers lui son cœur à midi, s'unissant à tous ses camarades à travers le monde pour intercéder en vue du salut de ses frères et pour demander la bénédiction de Dieu sur l'Armée.

Eh oui ! les ordres et règlements pour soldat invitent le soldat du salut à avoir trois temps de prière bien définis dans la journée !
Ce n'est pas un rite, ce n'est pas une obligation, ce n'est pas une loi à appliquer. C'est en fait du bon sens (mais parfois, qu'est-ce qu'on en manque !!). Il faut commencer le matin, finir la journée, et puis faire un point vers midi. 
Dans ce petit paragraphe il y a énormément de sagesse. 
Tout d'abord, les chrétiens sont invités à prier dès que possible, dès qu'il y a un souci. Ce qui, soit dit en passant, est très biblique comme recommandation : 
1 Thessaloniciens 5 : 17 Priez sans cesse,  18 exprimez votre reconnaissance en toute circonstance, car c'est la volonté de Dieu pour vous en Jésus-Christ.
Philippiens 4 : 6 Ne vous inquiétez de rien, mais en toute chose faites connaître vos besoins à Dieu par des prières et des supplications, dans une attitude de reconnaissance.

Ensuite, il est expliqué que pour maintenir une communion constante avec Dieu, cette "vie de prière ininterrompue", il faut se discipliner à mettre de côté des temps spécifiquement pour la prière. Idée qu'on retrouve dans l'excellent "Dirty Glory" de Pete Greig, livre qui parle du mouvement international de prière 24/7. Le principe étant de se recentrer sur Dieu à des moments bien précis pour pouvoir être conscient de sa présence le reste de la journée.

Enfin, regardons de plus près ce qui est proposé comme temps de prière. Les temps du matin et du soir sont assez classiques, et l'orientation qui leur est donnée également : on se prépare le matin en se mettant dans la présence de Dieu, et le soir, on fait le bilan avec lui. 
Mais celui du midi est sûrement celui qui apporterait le plus de changement dans notre vie spirituelle. Il a une connotation très particulière ! Nous sommes invités à prier pour le salut de nos proches et pour demander à Dieu de bénir l'Armée du Salut. C'est un conseil très riche pour à mon avis plusieurs raisons.
  • Déjà, cela casse potentiellement le rythme d'une journée bien chargée : pause déjeuner rapide, voire manger en travaillant, ou dans un espace où rien ne nous fait penser à Dieu. Il serait facile de passer de la prière du matin jusqu'à la prière du soir sans repenser à Dieu. C'est finalement un garde-fou contre cela (on en revient à se discipliner pour arriver à une communion permanente avec Dieu). 
  • Mais aussi, ça nous pousse à faire quelque chose qui nous coûte : on prie pour le salut de nos contemporains, ce qui nous engage GRAVE spirituellement ! Prier (sincèrement) pour le salut de quelqu'un, c'est prier pour quelque chose que seul le Seigneur peut faire, c'est une prière dans laquelle nous sommes complètement impuissant, c'est une prière qui engage énormément notre foi. Donc forcément, c'est quelque chose qui nous fait grandir spirituellement et qui nous remet au coeur du combat dont nous sommes l'Armée. 
  • On prie aussi justement pour cette Armée, pour demander la bénédiction de Dieu dessus ! Ça développe notre esprit de corps, cela nous pousse à penser à nos frères et sœurs salutistes, ça nous pousse à penser à la mission et à ce qui se passe. Également, ça devrait nous encourager à soutenir nos chefs.
Imaginez ce qui se passerait si tous les salutistes, chaque midi, priaient intensément pour la bénédiction de Dieu sur l'Armée, et pour le salut de leurs contemporains ? Alléluia pour ceux qui le font déjà. J'ai confessé cette semaine ne pas le faire. (Pourquoi ? ... Pas dans ma culture, jamais vraiment pensé, par paresse peut-être...) 
Et j'ai donc décidé de m'y mettre ! Ça porte déjà du fruit.

Donc en bref, ma camarade qui croyait s'être trompée avec vu très juste. Cette suggestion de trois temps de prière journaliers est une perle bien trop négligée, qui a un potentiel énorme. 
Peuple de Jésus-Christ (♪ ♫), on s'y met ? On invite Dieu à changer le monde au milieu de notre journée ? Il paraît que Dieu répond à la prière, voyons que ça va donner...

mercredi 30 septembre 2015

Armée du Social (3) : William et Karl : même combat ?

Karl Marx et William Booth
Lorsque les chrétiens veulent se mettre à l'action, ils ont tendance à être obnubilés par des questions secondaires. En effet, souvent la seule question que les chrétiens se posent face à une tragédie est : « que faire ? », ou pire « comment réagir efficacement ? ».

Pourtant, la question fondamentale devrait-être : « Que signifie ce que nous vivons » ; c'est-à-dire que nous devrions tout d'abord être au clair sur l'interprétation à donner aux événements. Or, c'est justement le but de la parole prophétique que de nous conduire dans cette question. En effet, le prophète n'est pas là pour prédire le futur, mais pour interpréter le présent : le prophète nous dévoile ce qui se joue réellement dans les événements. Ce n'est pas une analyse économique, sociale ou politique de la situation, mais c'est le dévoilement de ce qui échappe à l'analyse humaine (en ce sens, la parole prophétique est a-rationnelle).

Or, face au spectacle de l'immense misère de l'est londonien du XVIIIe siècle, deux prophètes se sont levés : William Booth et Karl Marx. Ils ont tous deux eu une parole « prophétique », au sens où ils ont commencé par interpréter les événements auxquels ils assistaient.

Pour faire extrêmement simple, l'interprétation de Karl Marx était que cette misère était due à la domination socio-économique d'une classe (bourgeoise) sur une autre (prolétarienne). Mais en même temps, Karl Marx développe l'idée que l'histoire est traversée par une force qui va créer un monde nouveau qui mettra fin à cette domination (et qui passera nécessairement par un changement révolutionnaire). Cette force dépasse l'action humaine : il n'y a rien à faire d'efficace maintenant, sauf à préparer l'avenir qui se met en place.

William Booth développe quant à lui, une interprétation plus spirituelle : la misère n'est que le résultat du péché qui maintient le monde en esclavage et la population misérable de l'est londonien (qui vit en quelque sorte les prémisses de l'enfer) est la victime collatérale de cette domination. Contrairement à Karl Marx, William Booth ne croit pas au processus de l'histoire mais en Dieu qui agit dans l'histoire et qui a déjà acquis la victoire contre cette domination dans la mort et la résurrection du Christ.

Ainsi, nous aurions tort de considérer que William Booth prêchait une forme de christianisme social qui exhorterait simplement à aider les nécessiteux. Non, il parle de fondamentalement de « délivrance », d'une révolution spirituelle, seule capable de changer réellement les choses. Les chrétiens ont à proclamer (et à vivre) une délivrance des pouvoirs de ce monde qui veulent régner sur nos vies (à commencer par Mammon – le pouvoir de la richesse).

Mais ne prenez pas William Booth pour un vendeur de rêves. Au contraire, il était peut-être encore plus matérialiste que Marx car il appelait les salutistes à  vivre concrètement – dans leur quotidien - les temps nouveaux qu'a ouverts Jésus à la croix et à en payer le prix (l'incompréhension, le rejet, et même parfois la violence).

William Booth appelle donc à vivre de manière « agressive », c'est-à-dire en confrontation avec ces puissances qui veulent diriger le monde en rébellion face à Dieu (comme si Dieu n'existait pas) en proclamant (et incarnant) que leur rébellion et leur pouvoir ont été anéantis par l’œuvre de Jésus-Christ à la croix.

Bien évidemment, les chrétiens ont le devoir de faire œuvre de charité afin de consoler tant bien que mal les vies brisées par les puissances de ce monde, mais en se rappelant que ce ne sont que là que de maigres palliatifs à la douleur alors que la guérison dépend d'une force plus profonde que l'action humaine.

Ainsi donc, l'action salutiste ne devrait pas commencer à vouloir « faire » quelque chose à tout prix mais doit commencer par discerner l'action divine dans l'histoire humaine (ce qui est le propre de la parole prophétique). Sinon, nous sommes conduits à ne pas nous engager dans le bon combat – surtout si nous sommes poussés par le désir de montrer que les chrétiens « font quelque chose ».

Le drame, c'est que l'église (y compris l'Armée du Salut) manque aujourd'hui cruellement d'une parole prophétique. Mais serions-nous prêts à l'entendre alors que nous avons tendance à systématiquement éliminer de nos discours tout ce qui n'est pas considéré comme « audible » ?

lundi 14 septembre 2015

Armée du Social (2)

Cet article, un peu plus théorique que les autres, utilise des réflexions du méthodiste S. Hauerwas et du Major Dean Pallant.
Ma conviction est que la crise identitaire que l'Armée traverse l'empêche d'analyser clairement son action sociale. Comme une grande partie du christianisme occidental, l'Armée a laissé la modernité changer son idée de la foi. En effet, la modernité a enfermé les convictions religieuses dans la sphère privée : c'est une question qui doit rester strictement personnelle et individuelle et qui ne doit surtout pas déranger l'idéologie dominante de la société (quelle qu'elle soit).

Ainsi, nos convictions religieuses n'ont plus vraiment d'influence concrète sur notre marche dans le monde. Au mieux, elle sont reléguées à être les « motivations » de notre action (surtout pour notre action auprès des autres), mais nos convictions n'en déterminent véritablement pas la forme et le but. En conséquence, c'est l'idéologie du monde qui va marquer concrètement notre action… et le pire, c'est que les convictions religieuses deviennent peu à peu une justification de la culture dominante.

Pour dire les choses plus brutalement, nous avons « enfermé » nos convictions religieuses à la porte de notre cœur, c'est le monde qui nous dicte notre façon de marcher et nos priorités, et pour se sentir bien dans sa peau, on dit que nos convictions religieuses sont ce qui nous « pousse » à agir de la sorte. D'ailleurs, la société se fiche de savoir quelles sont nos « motivations », tant que l'on marche selon l'idéologie dominante.

Prenons un exemple, l'idéologie dominante aujourd'hui (qui devient même du fétichisme) ce sont les droits de l'homme (DH). On nous ordonne de nous agenouiller devant ce fétiche sous peine d'être pris pour des barbares sanguinaires (même si l'art 18 qui donne le droit de témoigner publiquement de notre foi est de plus en plus bafoué en France). Et bien, je vais en choquer plus d'un, mais je ne suis pas « droit-de-l'hommiste » ! je suis chrétien. Alors les chrétiens me répondent souvent : on épouse les droits de l'homme justement parce qu'on est chrétien. Et on en revient à ce que je disais tout à l'heure, c'est l'idéologie dominante qui détermine nos actions, nos convictions chrétiennes étant réduites à une pure motivation.

Or, l'idéologie des DH porte une idée de l'homme qui n'est pas celle qui est portée par la Bible. En effet, les DH développent une image de l'homme qui puise sa dignité dans son individualité et ses droits. L'espérance est alors portée par une vision de l'homme comme un pur individu - indépendant des autres - caractérisé uniquement par ses « droits à ».

Or, en tant que peuple de Dieu, nous ne croyons pas que l'homme sera restauré en tant qu' « image de Dieu » par l'imposition des DH. Car on pourrait alors justifier l'utilisation de la violence pour imposer les DH, ce qui est contraire à la marche derrière Jésus qui n'a pas imposé par la violence le Royaume de Dieu. Mais en plus, l'instauration des DH se fait par l'imposition de normes et de procédures, plutôt qu'en une véritable transformation de l'être à commencer par sa relation à Dieu.

En effet, si le monde voit dans l'égoïsme la racine de tous les maux (dont la solution serait l'altruisme), le peuple de Dieu voit l'égoïsme humain comme l'instrument de sa volonté de vivre indépendamment de son Créateur dont la véritable cure commence par la repentance.

Comme le disait William Booth :
Pour avoir un homme profondément sauvé, il ne suffit pas de lui mettre un nouveau pantalon, de lui donner un travail régulier, ou même de lui donner une formation universitaire. Toutes ces choses sont à l'extérieur de l'homme ; et si l'intérieur reste inchangé, vous avez gaspillé vos efforts. Vous devez en quelque sorte greffer sur la nature humaine une nouvelle nature, qui a en elle l'élément du Divin. (Général William Booth, In Darkest England And The Way Out)

Pour le peuple de Dieu, l'espérance du monde, c'est le Christ et non la démocratie ou les DH par exemple (même si, pour le monde, une telle position est pure folie). C'est un point fort qu'il nous faut sans cesse réaffirmer. Nous devons réfléchir à l'espérance que nous portons. Que cherchons-nous exactement en « aidant » matériellement les personnes. La culture dominante nous impose une vision de l'accomplissement humain, d'un homme "restauré", comme ayant un toit, un travail, et de quoi vivre « dignement ». Pour un chrétien, une vie restaurée est avant-tout une vie en Christ, une vie transformée et restaurée par Lui. C'est notre espérance, notre but, notre idéal. Et il est très important de garder cet idéal en tête, lorsque nous déployons une aide matérielle. Cela ne veut pas dire que nous ne pouvons pas partager certains combats avec d'autres associations non-chrétiennes, mais nous ne sommes pas engagés dans la même guerre, et donc nous ne sommes pas fidèles à la même « divinité ».

Il est donc important que l'Armée soit au clair sur sa vision du monde et sur l'idéal vers lequel elle tend, car aujourd'hui elle a tendance à se faire dicter son action dite "sociale" (et donc ses idéaux sur la restauration de l'homme et du monde) par l'idéologie dominante (y compris les prérogatives de l'état) ; tant sur la forme, que sur le fond.

mercredi 5 août 2015

Armée du Social (1)

La question de la place du « social » dans l'Armée du Salut est une question épineuse qui a fait l'objet de nombreuses publications en tout genre (articles, livres, thèses, …)
Cette série d'articles n'a pas pour vocation de vouloir réinventer la poudre. Entre autres, je n'attaquerai pas vraiment l'approche « historique », n'étant pas assez compétent sur ce sujet. Tout au plus, pouvons-nous garder en mémoire que des controverses autour de la place du social dans l'Armée du Salut ont été présentes dés les toutes premières décennies du mouvement.

Je précise immédiatement qu'il n'est pas question de faire ici de la Fondation, l'ennemi de l'Armée, n'en déplaise à certains esprits chagrins. Même si l'unité Congrégation-Fondation est un vrai débat, je ne m'intéresserai pas à la Fondation pour 3 raisons :
 - la Fondation a toujours fait ce pour quoi elle a été créée (et elle le fait très bien),
 - la création de la Fondation n'est pas la cause de tous les maux de l'Armée, mais l'aboutissement juridique d'une crise identitaire qui est en germe dans l'Armée depuis des décennies (par exemple, l'autobiographie du Commissaire Charles Péan met en lumière une scission social-évangélisation qui très palpable déjà dans les années 50-60),
 - la réaction de certains salutistes face à la création de la Fondation n'a pas toujours été spirituellement exemplaire, démontrant un certain attachement aux « richesses » (finances, image, honneurs, … ) que l'action sociale institutionnalisée représentait.

Dans un poste de l'Armée du Salut, il est d'usage de dire qu'il y a une "action d'évangélisation" (qui aujourd'hui est résumée à une activité d'église classique avec très peu d'évangélisation en réalité) et une "action sociale". Cette distinction ne date pas d'hier puisque le Général Coutts (1963-1969) présentait déjà l'Armée du salut comme étant à la fois une église et à la fois une œuvre humanitaire. Mais cette distinction me pose problème car cela revient à nier que l'Armée du Salut est - en elle-même - une action "sociale".

Or l'Armée du Salut est – par définition – une action auprès des gens de l'extérieur, notamment des plus démunis (quel type d'action ? pour des personnes démunies de quoi ? Là est un autre débat). L'Armée du Salut a comme vocation d'être l'organe le plus à la périphérie du Corps du Christ (pour réutiliser une idée du Pape François). C'est un mouvement dont les premiers « bénéficiaires » ne sont pas en son sein (ni de l'Armée, ni du Corps du Christ). L'Armée du Salut est une œuvre constamment dirigée vers la 100e brebis perdue. Elle est profondément une action "sociale" !

Or le premier drame, c'est justement qu'elle n'est plus comprise comme une action sociale. Elle devient un club d'activités dont le but est de divertir (pour ne pas dire « occuper ») ses membres. Ses « membres » sont de moins en moins des militants envoyés vers les « sans-église » mais deviennent les premiers bénéficiaires des activités de l'Armée, sans que cette dernière ne les pousse vraiment à s'engager dans son combat premier : le Salut des perdus. (Bien sûr, il ne faut pas généraliser, car des actions formidables ont lieu - comme les camps Forever - mais c'est quand même une tendance générale).

Je suis perplexe de voir que les congrès et camps de l'Armée (qui à l'origine sont de formidables occasions de mobilisation) sont compris par certains comme une occasion de créer du lien de copinage entre « salutistes » plutôt que comme des occasions de mission (ou au moins de se nourrir pour la mission). Cela crée une identité salutiste qui au lieu de se forger sur l'appartenance à une mission commune, se forge sur une familiarité qui s'établit de camp en camp et par liens familiaux. Résultat des courses : on se retrouve avec un réseau de « salutistes » qui non seulement n'est plus tourné vers l'extérieur, mais qui en plus devient impénétrable aux personnes extérieures qui se sentent exclues des discussions se remémorant les bons moments passés durant les camps. C'est une catastrophe d'autant que le moteur de toute cette machine devient moins la passion des âmes qui se perdent que la volonté de venir se faire du bien, se divertir ou se développer.

Alors pour résumer mon premier point, le problème de l'Armée n'est pas qu'elle "ait" une branche « action sociale ». Le problème est que l'Armée du Salut est de moins en moins comprise comme une action sociale, une action vers les autres.

La suite au prochain épisode, mais n'hésitez pas à réagir....