Je n'ai pas pu éditer de nouvel article les deux dernières semaines pour des raisons familiales… que les lecteurs veillent bien me pardonner.
Dans les deux derniers articles de cette série, nous avons pu réfléchir sur le sens du slogan salutiste primitif « Sauvés pour Sauver » et notamment sur le sens que l'on pouvait donner à l'expression « Sauver ».
Venons-en maintenant à un autre point : Sauver… mais sauver qui ? Qui est prioritairement visé dans par la mission salutiste ?
Une première réponse pourrait être : « quiconque », car effectivement le message du Salut est destinée à toute la création (Mc 16,15). Toutefois, il y a toujours une stratégie sous-jacente et donc un type de public visé en particulier (sans repousser les autres bien entendu)... ou en tout cas, il devrait y avoir une stratégie en place et je me demande si parfois, on ne manque pas dans l'Armée d'aujourd'hui d'une stratégie clairement définie.
Une autre réponse qui vient automatiquement à l'esprit est de dire que l'Armée a pour vocation de toucher les plus "défavorisés" (d'aucuns parleront plus facilement des "exclus", mais je trouve ce terme trop vague et je pense qu'il faut préciser ce qu'on entend par là). Dans ce type de stratégie, on pense, entre autres, au slogan « l’Église de la rue » en vogue dans les années 90.
Toutefois, cela mérite quelques précisions :
- le but du Fondateur n'a pas été en premier lieu de toucher « les plus pauvres » (au sens où on l'entend aujourd'hui), mais ceux qui étaient le plus loin des églises et de l'annonce de la Bonne Nouvelle de Jésus (ou pour dire les choses autrement, ceux qui étaient en décalage avec les églises établies)
- cela l'a amené à vouloir toucher la classe prolétarienne/ouvrière qui vivait alors dans une misère noire (qu'on a peine à imaginer aujourd'hui) et qui désertait alors les lieux de culte traditionnels (pour diverses raisons qu'il serait trop long à développer dans cet article),
- si vraiment la stratégie de l'Armée est de vouloir toucher aujourd'hui les plus défavorisés, alors il faudrait revoir notre stratégie (méthodes et lieux d'évangélisation, formation des soldats et des officiers, niveau de vie de l'Armée, … )
Aujourd'hui, on se réjouit parfois un peu vite de voir arriver des personnes dans nos salles venant d'autres églises. Mais cela ne devrait pas nous empêcher de se demander quelle population aujourd'hui est le plus loin de l'annonce de l'Evangile.
Mais si l'Armée du Salut a pour vocation de toucher ceux qui sont le plus loin de l'annonce de l'Evangile, il me semble qu'à l'origine, elle avait pour stratégie de toucher, en particulier, les « semblables ».
Je m'explique : le génie de William Booth ne résidait pas tant dans son talent (exceptionnel) de gagneur d'âmes, mais dans la mise en place d'une méthode, d'un cadre destiné à transformer les nouveaux convertis en convertisseurs, en gagneur d'âmes qui recherchaient le Salut de leurs semblables ; bref, des sauvés-sauveteurs. Une façon de dire : « Ce que tu viens de trouver à la croix, va maintenant en parler à tes amis… ».
Le Fondateur savait que ce qui toucherait le plus sûrement les « inconvertis » ne sont pas les beaux discours, mais le témoignage d'un de leurs semblables… quelqu'un qui vient de leur milieu, de leur misère. C'est pourquoi Catherine Booth (la "Mère" de l'Armée du Salut et femme du Fondateur) disait :
[Nous n'attendons pas d'un nouveau converti] qu'il soit capable de faire deux phrases dans un anglais royal, mais s'il peut dire qu'il est né de nouveau, s'il peut dire qu' « il était aveugle mais que maintenant il voit », alors il fera l'affaire [pour devenir soldat].
Comme le rappelle le Général Bramwell Booth (fils du Fondateur):
Le Fondateur, pécheur d'homme expérimenté, savait comment utiliser le bon appât. C'était dans son plan l'idée d' « utiliser un voleur pour attraper un voleur !». « Sauvé pour sauver » était la devise grandiose qu'il donnait à chaque converti.
Mais laissons William Booth lui-même décrire sa méthode (lors d'une allocution à la Conférence Méthodiste Wesleyenne du Royaume-Uni en 1880) :
Si vous me demandez de vous expliquer nos méthodes, je dirais ceci:Au fond, cela pourraient être une relecture intéressante des 3 S de l'Armée de Salut : « Sauvés pour Sauver son Semblable ».
Premièrement, nous n'avons pas pêché dans les eaux des autres, ou essayé de monter une secte rivale. Nous tirons nos convertis des caniveaux, et s'il y a un homme pire qu'un autre, nos officiers se réjouissent d'autant plus du sauvetage de cet homme. Lorsqu'un homme est sauvé, aussi bas qu'il soit, il se lève immédiatement...
Deuxièmement, nous cherchons ces personnes en adaptant nos moyens. Il y a un préjugé très amer, parmi les classes inférieures, contre les églises et les chapelles. Je suis désolé pour cela, je ne l'ai pas créé, mais c'est la réalité. Ils ne veulent pas entrer dans une église ou une chapelle, mais ils iront dans un théâtre ou un entrepôt, et c'est pourquoi nous utilisons ces lieux …
Troisièmement, nous avons mis les convertis à l’œuvre. Dès qu'un homme est sauvé, nous lui apprenons à le dire, et, dans ce témoignage se trouve une grande partie de la puissance de notre œuvre.
Enfin, nous avons réussi à force de travail acharné. Je dis à mes gens que le travail acharné et la Sainteté réussissent n'importe où.
La suite au prochain épisode... mais n'hésitez pas à réagir.
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